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Mosquée de Cordoue

  • Nom : Mosquée de Cordoue
  • Lieu : Cordoue, Espagne
  • Date/période de construction : 786-988
  • Matériaux de construction : Pierre, marbre, brique, plâtre, bois et mosaïque, remplois
  • Dimensions : 12 000 m2

‘Abd al-Rahmân Ier fit édifier la Mosquée[1] près de la partie occidentale de son palais, au débouché du pont romain qui sépare Cordoue du « faubourg »[2]. L’édifice, de plan carré, se divise en deux espaces, celui de la cour et celui de la salle de prière composée, à l’époque de sa construction, de onze nefs perpendiculaires au mur qibli[3].

À l’intérieur de ce modèle, la grande innovation fut l’adoption d’un système d’arcs superposés pour les arcades qui déterminent les nefs, arc outrepassé au niveau inférieur, en plein cintre pour la partie supérieure, peut-être influencé par les aqueducs romains comme celui de Mérida. Cette technique fait de l’arc supérieur un arc de décharge du toit ; en outre, la superposition génère une salle de prière élevée et spacieuse et met en relief les colonnes du niveau inférieur. L’accès à l’édifice, en plus des différentes portes de la cour utilisées par les fidèles, se fait par une entrée ménagée dans le mur occidental : Bâb al-Wuzarâ (Porte des Vizirs), connue également sous le nom de Porte San Esteban, réservée au souverain et à sa cour.

La première extension de la Mosquée a consisté à prolonger les onze nefs vers le sud, entraînant la démolition du mur qibli dont l’emplacement primitif est indiqué par des piliers plus épais correspondant aux contreforts extérieurs, toujours visibles à l’intérieur de la Mosquée. Le système d’arcs superposés a été maintenu. A la suite de l’instauration du califat en 929 par ‘Abd al-Rahmân III, Cordoue devint la capitale d’un Etat puissant. Les travaux  reprirent dans l’idée de faire de la Mosquée un édifice en accord avec la dignité du Califat. On lui ajouta un grand minaret et on remodela la façade donnant sur la cour.

Avec al-Hakam II, en 962-968, les travaux se concentrèrent à l’intérieur de la salle de prière qui fut élargie de nouveau vers le Sud par la création de douze nefs, lesquelles vinrent s’ajouter aux onze déjà existantes. C’est l’agrandissement le plus somptueux de la Mosquée. Une grande coupole nervée à lanternon en pierre, située à l’endroit où s’élevait l’ancien mihrâb de ‘Abd al-Rahmân II, marque l’accès  à la nouvelle extension qui trouve son point culminant, si l’on suit l’axe de la nef centrale, avec les trois grandes coupoles placées devant le nouveau mihrâb, véritable pièce couverte d’une coupole en coquille. Ce dispositif introduit dans la Mosquée une sorte de plan en T dans la mesure où il sépare du reste l’espace de la maqsûra réservé au calife. De nouvelles formules architectoniques apparaissent alors, comme celle des arcs polylobés, des arcs entrecroisés et des coupoles montées sur nervures. En outre, on prit le parti de revêtir entièrement les parements soit par des panneaux sculptés, soit par une éblouissante décoration en mosaïques de verre à fond d’or, apportées de Byzance et posées sans doute avec l’aide d’artisans byzantins.

L’ultime agrandissement de la Mosquée, moins soigné, fut décidé par le premier ministre al-Mansûr en 988. Afin de doubler la superficie huit nefs furent ajoutées sur toute sa longueur, élargissant de fait la cour sur son côté oriental et entraînant un décentrement de la salle de prière par rapport au mihrâb déjà en place[4]. On retiendra surtout comme trait caractéristique la solution qui a consisté, par nécessité fonctionnelle, à substituer à l’arc inférieur outrepassé, des arcs polylobés ou brisés.

La Grande Mosquée constitue une synthèse de l’art islamique et de l’héritage romain : les quatre phases de construction se caractérisent par l’utilisation pour les arcades d’un double système de structures porteuses : colonnes surmontées de piliers. C. Ewert a démontré que cette mosquée fut reprise dans d’autres édifices religieux, comme la petites mosquée de Bâb al-Mardûm à Tolède ou la mosquée almohade Hassan à Rabat. Le plan en T, esquissé dans la Grande Mosquée lors de l’extension d’al-Hakam II, annonce déjà le couple antithétique « qibla-transept » qui sera celui des grandes mosquées almohades du XIIe siècle, à Tinmâl, à Marrakech, à Séville.

Le 29 janvier 1236, la ville de Cordoue fut prise par Fernando III el Santo. Cette même année, la Grande Mosquée, après des rites de purification, fut consacrée au culte chrétien. Elle fut alors modifiée et transformée. Á partir du XVIe siècle, on entreprit la construction à l’intérieur de la Mosquée d’une cathédrale de style Renaissance dédicacée à la Vierge Marie et qui occupe actuellement le centre de la salle de prière.

NOTE

[1] Elle abritait le Coran taché de sang de Uthman que l’on sortait en procession.

[2] Conformément aux célèbres fondations de l’Orient musulman, comme Kûfa et Wâsit (Irak).

[3] Le concept des longues nefs perpendiculaires au mur qibli est importé de Syrie, patrie des Omeyyades d’Espagne. Il apparaît déjà clairement à Jérusalem dans la mosquée al-Aqsa et perpétue une tradition paléochrétienne qui est celle de la salle basilicale.

[4] Le mur de qibla d’al-Hakam atteignant déjà presque le fleuve.

BIBLIOGRAHIE DE REFERENCE

Ewert, C., « La mezquita de Córdoba: santuario modelo del Occidente islámico », in López Guzmán, R. (dir.) La arquitectura islámica del Islam Occidental, Madrid, 1995, Lunwerg Editores, p. 55-68.

Fernández-Puertas, A., « Mezquita de Córdoba. Trazado proporcional de su planta general », in Archivo Español de Arte, nº 291, Madrid, 2000, p. 217-247.

Gómez-Moreno, M., « El arte árabe español hasta los almohades. Arte mozárabe », in Ars, III, Madrid, 1951, p 24-162.

Ocaňa Jimènez, M., « Documentos epigráficos de la mezquita », in La mezquita deCórdoba, siglos VIII al XV, Cordoue, 1986, p. 16-27.

Pérez Higuera, Mª T., « La mezquita de Córdoba », in El esplendor de los omeyas cordobeses, cat. exp., Grenade, 2001, Fundación El Legado Andalusí, p. 372-379.

Torres Balbás, L., « Arte hispanomusulmán hasta la caída del califato de Córdoba », in Historia de España, t. V, Madrid, 1957, Espasa Calpe, p. 333-788.



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